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Design : les polymères toujours dans le coup !
La romance entre les plastiques et le design ne date pas d’hier. Dès leur apparition, les designers s’en sont emparés, heureux de trouver des nouveaux matériaux répondant à tous leurs délires créatifs. L’histoire perdure et désormais, les éco-designers jettent un nouveau regard sur les plastiques.
Design : les polymères toujours dans le coup !
© Vondom
Design : les polymères toujours dans le coup !

Question de style, les polymères battent le rappel

Si les designers sont nombreux à faire les yeux doux aux plastiques recyclés, voire aux bioplastiques, ils ne délaissent pas pour autant les polymères vierges, parfois pour des raisons de coûts mais surtout parce qu’il est toujours plus simple de se procurer de la résine vierge que de la résine recyclée.

C’est d’autant plus vrai dans les secteurs d’activités qui doivent produire des pièces en très grande série, ou dans quelques domaines hi-tech où seules les résines vierges peuvent satisfaire le très haut niveau de performance attendu. Mais les choses évoluent vite, notamment grâce au recyclage chimique des polymères qui ouvre de nouvelles voies puisqu’il s’agit de revenir dans certains cas au monomère d’origine. (lire notre article).

 

Le recyclage chimique pourrait permettre aux polymères recyclés d’atteindre des niveaux de performance équivalents à ceux des résines vierges.

Automobile : des polymères pour un effet nickel chrome

L’industrie automobile reste un secteur très gourmand en polymères tant vierges que recyclés. Pour le moment, on n’a rien trouvé de mieux pour alléger les véhicules et faire ainsi baisser leur taux d’émission de CO2 tout en garantissant un excellent niveau de sécurité. La production massive de véhicules électriques n’y changera rien, car plus ils sont légers, meilleure est leur autonomie. Mais les polymères ont beaucoup d’autres fonctions dans ce secteur, notamment dans le design, un incontournable pour rendre les voitures toujours plus attrayantes. Et pour cause, la puissance d’un moteur n’est plus aujourd’hui un argument de vente. Les propriétaires de véhicules réclament avant tout des modèles qui leur plaisent, qu’ils trouvent beaux et qui puissent asseoir leur statut social. La grande mode du moment, en termes de design automobile, repose sur l’ajout de pièces chromées ou cuivrées. Sorties de pot d’échappement, calandres, jantes, aérateurs, etc., ce retour au clinquant des Cadillac des années 1950 fait le bonheur des designers. Mais nul métal ici ; il ne s’agit que de polyester ou de polyamide métallisé. Des matériaux, rappelons-le, ultralégers et assez simples à mouler. Sans eux, il serait quasiment impossible de produire en masse des calandres qui scintillent comme un bijou. Ce n’est pas pour rien que les constructeurs parlent d’effet diamant. Quant aux clients, la plupart les adorent.

© DS Automobiles / DS Style

Grande utilisatrice de plastiques, l’industrie automobile sait les sublimer en leur donnant l’apparence des métaux comme le chrome ou l’aluminium.

 Même chose pour la forme des optiques qui détermine le « regard » d’un véhicule. Le polycarbonate a autorisé tous les délires sans pour autant nuire aux qualités essentielles d’un phare : voir et être vu. Les leds, ces ensembles lumineux composés de petites ampoules en polymères, se généralisent également car ils ne chauffent pas, réclament très peu d’énergie, ont une durée de vie identique à celle du véhicule et améliorent l’éclairage… De jolis atouts certes, mais leur finesse leur permet aussi de s’incorporer facilement dans une carrosserie. La grande mode actuelle, tout du moins sur les véhicules premium, est de les installer sur toute la largeur arrière de la voiture. Selon les constructeurs, il ne s’agit pas uniquement d’un souci de design mais d’une façon « d’aider » les voitures autonomes qui ne savent pas toujours faire la différence entre les feux arrière de deux motos roulant côte à côte et ceux d’une voiture. Joindre l’utile à l’agréable en somme…

Les composites enfilent leur combinaison de vol

Qui aurait pu sérieusement parier il y a seulement 10 ans sur ce fantasme devenu réalité qu’est la voiture autonome ? Aujourd’hui, ce sont les voitures volantes qui font rêver et, à la vitesse où va la technologie, peu se hasardent à les considérer comme un simple délire de designer. Nombreux sont les constructeurs sur les rangs, à commencer par le très sérieux Airbus. Mais concevoir un tel véhicule revient à résoudre un nombre incalculable de problèmes. A commencer par celui du poids. Il faut en effet trouver des matériaux qui soient à la fois résistants, légers et surtout acceptables en termes de budget. En ce début d’année, le groupe chimique belge Solvay a signé un partenariat avec le britannique Vertical Aerospace afin de l’assister dans la réalisation de taxis volants. L’objectif est de présenter un premier prototype avant la fin de l’année et de le voir survoler nos villes d’ici 2025...

 

A quand les taxis volants ? Peut-être dans notre décennies ! Seule certitude pour le moment, les matériaux composites seront de la partie.

 Les matériaux composites à base de fibres et de résines de Solvay sont déjà largement présents dans le secteur aéronautique et, en signant ce partenariat, le belge s’engage à poursuivre ses recherches sur les matériaux composites, attestant combien il croit au développement de ce type de véhicule. Le VA-1X, le futur taxi volant, sera électrique, pourra transporter quatre personnes et devrait se situer entre le drone et l’hélicoptère. Le design reste un mystère, mais il est assez probable que les designers puiseront dans tous leurs talents pour lui donner un look particulièrement futuriste.

Grand beau fixe pour le mobilier de jardin

Indéniablement, les meubles en plastique ont connu leurs heures de gloire durant les trois décennies qui ont suivi la Seconde Guerre mondiale. Ils étaient alors les chouchous des créateurs, et certaines pièces figurent désormais dans des musées d’art moderne.

 

De nombreux objets iconiques, comme ici la fameuse chaise Panton élaborée au début des années 1960, sont toujours produits en très grande série.

Le tabouret Tam-Tam en polypropylène, la Panton Chair d’abord en polyester renforcé de fibres de verre puis en mousse de polyuréthane, la « poire » Sacco en PVC en sont de parfaites illustrations.

 

(pour en savoir plus sur l’âge d’or des plastiques, voir Interview Plasticarium)

 Aujourd’hui, cet engouement pour les polymères ne se dément pas. Seule différence, les meubles et accessoires quittent peu à peu les salons pour prendre place sur les terrasses. C’est une véritable tendance de fond, car la terrasse ou le jardin, pour ceux qui ont la chance d’en bénéficier, sont devenus des lieux de vie à part entière dont on souhaite profiter tout au long de l’année. Il faut pour cela que le mobilier puisse rester dehors quelle que soit la saison. C’est, dans un premier temps, ce qui a permis aux polymères de s’imposer, car ce sont, rappelons-le, des matériaux le plus souvent insensibles aux affres de la météo. Toujours à l’affût des mouvements de mode, les designers n’ont pas tardé à s’intéresser de très près au mobilier extérieur en s’appuyant sur une autre grande propriété des polymères : leur plasticité et leur facilité de moulage. Les grands éditeurs sont bien entendu nombreux à avoir suivi le mouvement, et les exemples de produits particulièrement réussis ne manquent pas…

Citons, de façon tout à fait subjective, le fauteuil Ottoman de Cinna composé d’ABS, de PVC et de mousse de polyuréthane, qui rappelle un peu la « poire » Sacco ; ou Kartell bien entendu. Mais comment pouvait-il en être autrement quand on s’est tourné vers les polymères pour rencontrer le succès ? D’autres comme l’espagnol Vondom s’en sont même fait une spécialité, en faisant appel aux designers les plus cotés du moment.

 

Le mobilier extérieur doit une partie de son succès au design mais également aux polymères qui les composent, des matériaux parfaitement imperméables et résistant assez bien aux rayons UV.

Ce n’est donc pas un hasard si certaines de leurs créations comme la collection « Tablet » designée par Ramon Esteve, par exemple, remporte un succès mondial. Ces sofas modulables aux lignes épurées, idéals pour l’extérieur, se composent de mousse de polyuréthane prenant place sur un châssis métallique et recouverte de textile en polypropylène. 

Les accessoires connaissent le même engouement, et la grande mode est aux objets dits nomades, comme les lampes rechargeables, les enceintes connectées, etc. Encore un domaine qui inspire grandement les designers, lesquels se surpassent pour trouver des formes toujours plus étonnantes. Parmi les créations les plus célèbres en passe de devenir iconiques, la lampe à led Edison de Fatboy, composée d’un polypropylène délicieusement translucide, bien entendu incassable et pas trop onéreuse pour mettre le design à la portée de toutes les bourses.

© Fatboy

Déjà iconique, la lampe Edison de chez Fatboy est en polypropylène, un polymère léger et incassable autorisant de « balader » sa lampe un peu partout sans aucun risque.

Jouets : les plastiques jouent cartes sur table

Peu de designers de renom signent des jouets… Leur design est pourtant primordial pour se démarquer de la concurrence car, et c’est ainsi, ce sont le plus souvent les enfants qui choisissent, et ces derniers sont généralement plus attirés par les formes et les couleurs que par les fonctions intrinsèques d’un jeu ou d’un jouet. Ici encore, plastiques et polymères n’ont que très peu d’équivalents, car ils sont capables de beaucoup et notamment d’innombrables textures pour éveiller le sens du toucher des plus jeunes.

Parmi les icônes, l’intemporelle poupée Barbie qui vient de fêter ses 60 ans. Au départ en PVC, les designers de Barbie ont pioché dans le large catalogue des polymères pour l’améliorer. Aujourd’hui, ses bras sont en EVA (éthylène-acétate de vinyle), son corps en ABS et ses articulations en polypropylène. Des polymères façonnables à souhait et répondant à toutes les normes, qui ont permis aux designers de la poupée star d’adapter sa morphologie en fonction des canons de beauté du moment.

 

Une réussite presque inattendue ! Les figurines POP sont éditées à des milliers d’exemplaires pour la plus grande joie des enfants et des adolescents.

Difficile de passer à côté des figurines pop, qui reproduisent de façon stylisée des personnages de la pop culture : films, dessins animés, séries télévisées ou même jeux vidéo.

Il s’agit d’un véritable coup de génie des designers qui ont réussi à imposer des figurines, jugées souvent laides par les parents, auprès des enfants et des adolescents… La diffusion est énorme et certains modèles (parmi plus de 250) sont tirés à plus de 100 000 exemplaires.

Une prouesse que l’on doit en partie au PVC qui les constitue, et qui est, rappelons-le, l’un des polymères les plus simples à mouler.

Bien entendu, on connaît tous Lego, dont la mise au point des petites briques en ABS a duré de longues années avant de remporter le succès que l’on sait. La marque a été bien souvent imitée mais jamais égalée grâce au secret précieusement gardé du design de ses moules. Aujourd’hui, le danois, qui lui aussi essaie de réduire son empreinte carbone, cherche un nouveau polymère biosourcé. Pas si simple de remplacer l’ABS, raison pour laquelle il se donne une dizaine d’années pour y parvenir.

L’allemand Playmobil, son grand rival, est sur la même longueur d’onde, même s’il déclare pour le moment que les normes de sécurité relatives aux jouets sont tellement draconiennes qu’il ne voit pas comment du plastique végétal pourrait remplacer l’ABS de ses figurines. En effet, pour passer sous les fourches caudines de la législation européenne, les matériaux entrant dans la composition des jouets doivent être notamment insécables, ininflammables, ne pas utiliser de plomb ni d’arsenic…

 

Remplacer l’ABS par des polymères biosourcés ? Pas simple quand on connaît le rigoureux niveau des normes relatives aux jouets.

On comprend mieux, dès lors, pourquoi les fabricants de jouets sont loin de considérer les polymères comme des matériaux bas de gamme.

Pour en savoir plus : 
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