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Les plastiques ont pignon sur rue
Le mobilier urbain est devenu au fil des ans un véritable marqueur identitaire pour des villes désireuses de proposer à leurs citoyens des espaces harmonisés et des lieux de vie pratiques. Les urbanistes et les designers planchent sans cesse pour les améliorer et trouvent bien souvent dans les polymères la réponse à leurs nombreuses questions.
Les plastiques ont pignon sur rue
Les plastiques ont pignon sur rue

Des polymères au service de la ville

Bientôt 5 milliards de citadins

Actuellement, plus de 60 % de la population mondiale vit dans des villes contre seulement 30 % dans les années 1950. Et le phénomène n’est pas près de s’essouffler. La croissance des villes constitue l’un des faits majeurs de ce début de millénaire. On compte près de 1 million d’habitants en milieu urbain de plus par semaine. A l’horizon 2030, la population mondiale atteindra 8 milliards d’individus, dont 5 milliards de citadins. Cette croissance concernera d’abord les pays dits en voie de développement, dont les villes devraient accueillir 2 milliards d’habitants supplémentaires dans les vingt-cinq prochaines années.

 

Une autre vision des transports urbains

Dans les villes, les jours des véhicules individuels semblent comptés. Les urbanistes estiment inenvisageable que, dans un proche avenir, chaque citadin dispose encore de sa propre automobile. Et le développement des voitures électriques n’y changera rien – s’il résout partiellement les problèmes de pollution, il n’a aucun effet sur l’engorgement des villes. Ainsi, dans les grandes métropoles, les moyens de transport se réorganisent. Parmi les plus prometteurs on trouve en tête les véhicules partagés comme les vélos ou les voitures.

Véhicules partagés : des plastiques pour répondre au cahier des charges

Proposer en libre service des automobiles ou même des vélos, c’est prendre le risque de voir ces moyens de transport se dégrader rapidement par le manque d’attention, volontaire ou non, de leurs utilisateurs. Comment prévenir ce risque ? En utilisant des matériaux peu onéreux et facilement remplaçables en cas de dégradation. Parmi ceux-ci, les polymères répondent bien entendu à l’appel ! Ainsi les voitures partagées sont essentiellement composées de plastiques, de l’ABS pour la carrosserie aux divers polymères dont une mousse de polyuréthane pour le tableau de bord en passant par le PVC pour les sièges. Mais, diront les plus pointilleux, n’est-ce pas déjà le cas dans bien des voitures ? Certes oui, mais ici, le design est mis sur la touche ; ce qui prime, c’est l’efficacité. Les pièces ont des formes d’une grande simplicité pour pouvoir être facilement moulées.

Autre avantage, en cas de réparation, chacune des parties du véhicule peut être changée en quelques minutes. Les plastiques utilisés sont très faciles d’entretien et ont l’avantage d’être légers, un gros plus pour l’autonomie de ces véhicules électriques.

Les bicyclettes en libre service ne sont pas en reste. Si elles se parent de multiples carters en matières plastiques, ce n’est pas seulement pour protéger les cyclistes des projections d’eau en cas de pluie. C’est surtout pour éviter aux utilisateurs les moins scrupuleux de les transformer en banque d’organes pour leur propre vélo. Ainsi, de nombreuses pièces plastiques sont moulées et serties sur le cadre ou le guidon. Elles sont quasi indémontables. Certes, le métal aurait rendu les mêmes services, mais il était beaucoup trop lourd pour des vélos qui se doivent d’être accessibles à tous et non pas seulement aux champions cyclistes. Notons aussi que les systèmes d’éclairage par LED sont inarrachables, étant encapsulés dans la structure du vélo. La sécurité y gagne, car c’est la garantie d’être vu à toute heure du jour ou de la nuit.

Cependant, toutes les villes sont encore loin de proposer à leurs habitants des solutions de véhicules partagés. Ainsi dans la majorité des agglomérations, les transports en commun tiennent encore le haut du pavé. Si leur fonction n’a pas changé depuis plus d’un siècle (acheminer les citadins d’un point A vers un point B), un grand soin est désormais apporté à leur look et à leur confort. Et pour cause, les bus, tramways et métros participent grandement à l’image de la ville. L’aménagement de ses moyens de transport reste donc un défi : ceux-ci doivent être beaux, confortables, robustes et procurer un sentiment de bien-être. Ce n’est donc pas un hasard si les matières plastiques emportent tous les suffrages tant elles remplissent ce cahier des charges. Dans certaines rames de tramways ou de trains de banlieue, un polycarbonate bien lisse habille désormais les parois intérieures et les plafonds, faisant de ces endroits un véritable cocon.

 

Une sensation renforcée par les moquettes polyamide particulièrement résistantes qui accentuent le sentiment de confort. Autre exemple, les sièges, qui sont bien souvent recouverts d’un velours synthétique, lui aussi en polyamide, matériau simple d’entretien, agréable au toucher mais surtout imprimable. Il peut donc se parer facilement des couleurs ou des motifs à la dernière mode et inscrire ces véhicules dans l’air du temps.

Les abribus entre élégance et intelligence

Fini le parallélépipède de verre muni d’un simple banc sur lequel s’ancre une poubelle. Certains maires de grandes villes ont bien compris que les abribus sont bien plus que des abris pour voyageurs, ils peuvent aussi être l’un des outils de communication de leur ville. Ainsi, la mairie de Paris a décidé de remplacer progressivement les siens. Ces abribus nouvelle génération présentent une structure simple, épurée et une ligne contemporaine parfaitement intégrée aux rues de la capitale. De taille variable, les abribus se déclinent à partir de la même structure : un toit opaque en résine plastique, évoquant une feuille de platane, posé sur deux poteaux cylindriques. D’une grande finesse, tout en douceur et en courbe, ces abribus sont un clin d’œil à l’architecte Hector Guimard, le concepteur des entrées de métro Art nouveau. Inspirées elles aussi du végétal, elles sont aujourd’hui encore indissociables de l’image de Paris.

© Aurel design urbain

L’information voyageurs a elle aussi été valorisée, et certains d’entre eux sont équipés d’un écran digital alimenté par des panneaux voltaïques permettant de diffuser en temps réel toutes les informations utiles.

D’autres villes dans le monde ont également choisi de joindre l’utile à l’agréable en utilisant différents polymères. Carte blanche a été donnée à des artistes et des designers pour créer des espaces ludiques. Par exemple, à Minneapolis, aux Etats-Unis, des abribus ont vu pousser sur leur toit de gigantesques fleurs de plastique particulièrement colorées faisant de ces espaces voyageurs des pots de fleurs géants. A Lexington, toujours aux Etats-Unis, un designer a même carrément choisi de remplacer les traditionnelles parois de verre par un assemblage de bouteilles vertes en PET. Selon la position du soleil, le jeu d’ombre et de lumière est particulièrement saisissant.

Les led en mettent plein les yeux

Les LED, ces ampoules à base de polymères, et leur nombreuse famille s’imposent peu à peu partout : dans nos véhicules ou nos maisons mais aussi dans nos villes. Leur souplesse d’utilisation et leur variété de coloris permettent aux villes de se forger une identité en s’affirmant comme des lieux uniques agréables et sûrs. Aujourd’hui, toutes les fantaisies sont permises, et certaines agglomérations rivalisent de créativité pour en mettre plein les yeux aux noctambules. Mais l’éclairage LED n’est pas uniquement conçu pour le plaisir des yeux. En effet, cette technologie s’avère extrêmement économe en énergie. Tout en produisant une lumière d’une qualité, d’une luminosité et d’une intensité résolument élevées, elle autorise une réduction des coûts énergétiques jusqu’à 70 %. Les sources LED possèdent en outre une durée de vie extrêmement longue qui permet de réduire la fréquence de la maintenance.

Certains maires ont même fait le choix d’équiper leur commune de lampadaires fonctionnant grâce à l’énergie solaire. Le principe est simple : durant la journée un panneau voltaïque emmagasine de l’énergie qui sera restituée sous forme de lumière dès la nuit tombée.

La résurrection des enseignes

Largement décriées il y a encore quelques années et accusées de polluer visuellement les rues, les enseignes lumineuses modernes se font de plus en plus discrètes sans perdre de leur efficacité. Le secret de cette renaissance tient en deux mots : le polycarbonate et les LED. Matériau thermoformable, imprimable et résistant, le polycarbonate favorise toutes les audaces créatives lorsqu’il est question de communiquer. Certes, ceci n’est pas nouveau… Ce qui l’est, en revanche, c’est la possibilité de l’éclairer de manière très douce par des LED dont il est permis d’ajuster l’intensité lumineuse. L’avenir devrait encore réserver des surprises notamment via l’utilisation d’écrans souples à  base de polymères organiques. Ainsi, les futures générations d’enseignes devraient s’intégrer mieux encore dans leur environnement. Fini ces enseignes criardes souvent synonymes de nuisance visuelle.

Nuisances sonores : les plastiques font grand bruit

Certaines communes sont traversées par des routes à très grande circulation. Pour les riverains, c’est un calvaire ! Dès les années 1950, avec le développement de l’automobile, sont apparus les premiers murs antibruit. A l’époque, il s’agissait de simples plaques de béton verticales plus ou moins efficaces. Une décennie plus tard, avec l’évolution des sciences de l’acoustique, de nouveaux murs furent conçus. Leur forme était travaillée pour réellement réfléchir le son. Certes, l’efficacité était au rendez-vous mais l’esthétique n’y gagnait pas grand-chose. Il faudra attendre les années 1990 pour voir apparaître les premiers murs en verre. Seul bémol, leur  coût très largement supérieur au béton freinait leur développement. La solution fut trouvée un peu plus tard en remplaçant le verre par un polycarbonate ou un PMMA aux caractéristiques comparables à celles du verre.

Plus fin, plus aérien, plus discret, moins fragile, ce type de murs antibruit isole correctement les habitants des nuisances sonores tout en permettant aux automobilistes de ne pas avoir l’impression de rouler dans un tunnel. Ils contribuent ainsi à améliorer la qualité de vie et à augmenter la sécurité routière.
Mais réduire les nuisances sonores liées aux véhicules passe aussi parfois par un travail sur la cause. Contrairement aux idées reçues, le bruit occasionné par une voiture n’est pas seulement dû à son moteur. Le frottement d’un pneu sur le goudron est aussi très largement responsable. Pour réduire ce bruit désagréable, certains bitumes sont enrichis de poudre de caoutchouc issue de vieux pneus donnant ainsi naissance à un nouvel enrobé nettement plus silencieux, pour le plus grand bonheur des riverains et des piétons.

Les plastiques chouchoutent les piétons

Les potelets sont, comme leur nom l’indique, des petits poteaux destinés bien souvent à protéger des zones piétonnes en séparant distinctement différents espaces urbains. Conçus au départ en métal, voire en béton, ces potelets avaient la fâcheuse tendance à endommager les véhicules des conducteurs peu attentifs. Le plastique, et plus particulièrement le polyuréthane, tend à remplacer l’acier sans pour autant mettre en cause la sécurité des piétons. Les potelets en plastique résistent très bien aux chocs et tolèrent une flexion de 45° sans casser. Leur durée de vie n’en est que meilleure ! Mieux encore, après un choc, ils reprennent naturellement leur forme. Pour une fois, un dispositif routier réussit le tour de force de mettre d’accord les automobilistes et les piétons…

 

Ce même matériau est utilisé dans les surfaces pododactiles, ces zones généralement intégrées aux trottoirs que les piétons atteints de déficience visuelle peuvent reconnaître au toucher du pied ou de la canne. Elles permettent de signaler un danger ou simplement l’entrée d’un passage piéton. Le choix du polyuréthane a été tout naturel tant ce matériau est réputé pour sa grande résistance aux frottements.

...Et même les enfants

Difficile d’évoquer le mobilier urbain sans parler des aires de jeux pour les enfants. Ici encore, les polymères gagnent du terrain. Plusieurs raisons à cela : les enfants aiment particulièrement leurs formes délirantes et leurs couleurs vives si proches de leur univers. Les parents, quant à eux, apprécient de ne plus avoir à consoler leurs enfants qui se plantaient constamment des échardes dans les mains avec le mobilier en bois. Quant aux municipalités, elles adorent le PEHD, utilisé dans la conception des aires de jeux, pour sa durée de vie et le faible entretien qu’il réclame. Notons au passage que de plus en plus d’aires de jeux sont équipées de sols souples à base de granulats de caoutchouc coulés dans une résine polyuréthane. Prenant toutes les teintes et réalisables en différentes épaisseurs, ces sols sont avant tout conçus pour amortir la chute de l’enfant et éviter ainsi qu’il ne se blesse.

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