Au quotidien 6 min
Mode : les plastiques ont du style
Les plastiques et la mode font bon ménage et ce n’est pas nouveau ! Si c’est leur modernité qui a d’abord séduit les maisons de couture, leur praticité et leur élasticité ont ensuite pris le dessus. Depuis quelques années, les créateurs s’intéressent aux plastiques recyclés, toujours pour leur côté moderne mais surtout pour leurs vertus écologiques.
Mode : les plastiques ont du style
Mode : les plastiques ont du style

Solutions durables : les plastiques sont aussi de la partie

Les textiles ont plus d’un tour dans leur sac

Réduire son empreinte écologique est désormais une nécessité pour faire face aux défis climatiques à venir. Face à la sonnette d’alarme qui retentit depuis quelques années déjà, la variété des projets, tant industriels qu’individuels, montre que nombreux sont ceux à vouloir agir concrètement et rapidement. Les industries textiles et plastiques ne sont bien évidemment pas en reste…

En premier lieu et même si ce n’est pas nouveau, on trouve ce que les Anglais appellent l’upcycling. Ce sont là les prémices de l’économie circulaire… En réalité, il s’agit de récupérer des objets souvent considérés comme des déchets et de leur donner une nouvelle vie en les modifiant. Ainsi, les rideaux démodés en Tergal des mamies deviennent un superbe combishort très tendance. Souvent artisanales, de petites entreprises se développent, et les meilleures parviennent à se faire une jolie réputation localement. Ceci dit, il existe aussi de véritables success stories comme celle de du Suisse Freitag qui a réussi à imposer ses sacs fabriqués à partir de bâches de camion en vinyle dans le monde entier. Ces initiatives sont certes intéressantes et bien souvent créatives, mais elles ne concernent que quelques tonnes de matières destinées au rebut. Une goutte d’eau, et c’est bien pour cette raison qu’industriels et scientifiques cherchent d’autres solutions…

© Freitag

Connue depuis longtemps des fashion victims, la marque Freitag a réussi à se faire un nom en récupérant des bâches de camion usagées en vinyle pour les transformer en sacs et bagages. C’est l’assurance d’avoir un modèle unique !

© Adidas

La marque Adidas a réussi à créer un buzz international en mettant sur le marché une paire de baskets fabriquée à partir de bouteilles en PET usagées.

Les PET, star des podiums

Utiliser des plastiques usagés en les transformant en une nouvelle matière n’a rien de franchement nouveau. Les confectionneurs de textiles dits polaires le savent depuis bien longtemps. Il n’empêche que le phénomène prend de l’ampleur et que les fabricants ne se cantonnent plus aux uniques fibres polaires. On parle désormais de mode éthique et la tendance est de plus en plus forte en Europe.

Si le style et la qualité sont toujours des valeurs incontournables, les consommateurs s’intéressent de plus en plus à la provenance des textiles et à leur composition.
Peu à peu, la mode se détache de son image parfois futile. Ainsi, saluons l’initiative du belge JBC qui propose désormais un imperméable entièrement composé de bouteilles en PET recyclé. Plus connue, la marque suédoise H&M fait également figure de pionnière dans le secteur. Si les fibres textiles proviennent également de bouteilles en PET, ces dernières ont toutes été récoltées sur des plages… La collection proposée repose sur une technique de filage particulière qui donne à la nouvelle fibre un aspect extrêmement souple et aérien. La pièce maîtresse est sans conteste une robe plissée d’un rose très délicat. Pour réaliser ses vêtements, la marque suédoise s’est associée avec la start-up américaine BionicYarn, un des spécialistes dans le domaine de la transformation des plastiques en fin de vie. Pour cette jeune entreprise, il ne s’agit pas d’une première puisqu’elle a déjà collaboré avec d’autres marques comme G-Star ou O’Neill, voire avec des stars comme Pharrell Williams, pour confectionner différents accessoires de mode, notamment des lunettes de soleil.

La haute couture, qui a souvent été à l’avant-garde, n’est pas en reste. Ainsi, le Japonais Issey Miyake a été l’un des tout premiers à utiliser du PET recyclé qu’il a associé à du polyester vierge pour concevoir sa ligne de vêtements « 132,5 ». C’était en 2010…

En s’associant avec l’ONG Parley for the Oceans, l’équipementier Adidas a également défrayé la chronique en fournissant à des équipes aussi prestigieuses que le Bayern de Munich ou le Real Madrid (mais encore la Juventus de Turin et Manchester United) des maillots entièrement tissés dans des fibres issues de PET recyclé provenant de bouteilles récoltées sur les plages. Preuve s’il en est que l’on peut concevoir des vêtements hautement techniques en recyclant des plastiques… Sûre de son succès, la « marque aux trois bandes » a suivi la même démarche pour fabriquer des chaussures de sport. Lancées depuis peu, ces baskets sont déjà un must have alors même que leur prix n’a rien de bon marché.

Faciliter le recyclage des textiles synthétiques

Adidas, décidément très à la pointe du marketing vert, n’a pas hésité à faire appel à la créatrice Stella McCartney pour concevoir une gamme de maillots de bain également fabriqués à partir de plastiques recyclés et notamment de filets de pêche usagés. Il faut savoir, en effet, qu’un grand filet permet de fabriquer 1 000 maillots de bain ! Conçus pour être durables et confortables, ces maillots sont tissés à partir de fibres de polyuréthane, plus connu sous son appellation commerciale de Lycra, mélangées à des fibres Econyl, un polymère conçu à partir de déchets marins comme les filets. A noter que ces maillots pourront à leur tour être recyclés en fin de vie.

On le voit, les déchets plastique sont de plus en plus perçus par les marques comme une ressource. En avril dernier, Adidas a dévoilé une version bêta d’une nouvelle chaussure 100% recyclable. La grande nouveauté n’est pas là mais dans le business model qui a été retenu par la marque. En effet, une fois en bout de course, il suffit de renvoyer la chaussure au fabricant, qui la réduit alors en granules qui seront réutilisés pour produire une nouvelle paire de chaussures. C’est un pas de plus vers la vertueuse économie circulaire et donc vers le zéro déchet.

Trouver le polymère facilement recyclable à l’infini est actuellement l’un des axes majeurs de recherches des industriels ou de laboratoires universitaires. A la faculté de Berkeley aux Etats-Unis, les choses avancent et il semblerait bien que la mise au point d’un nouveau polymère soit une question de mois. Baptisé pour le moment polydiketoenamine ou PDK, ce plastique révolutionnaire a la particularité de pouvoir être désassemblé au niveau moléculaire, puis réassemblé sans perte de performance ni de qualité.

Photo : banque d’images

Le polymère recyclable à l’infini est en bonne voie si l’en en croie les derniers travaux d’un des laboratoires de l’université de Berkeley aux Etats-Unis.

Autre intérêt : il serait également très simple de se débarrasser des additifs lors de la période de recyclage ; il suffirait de tremper le matériau dans une solution hautement acide pour rompre les liens entre les monomères et les séparer des additifs chimiques.
Les chercheurs envisagent maintenant de développer du PDK aux larges propriétés thermiques et mécaniques pour des applications aussi diverses que le textile, l’impression 3D et les mousses. Reste encore à passer en phase de développement industriel et à mettre en place une filière efficace pour pouvoir récupérer les plastiques usagés. Ce n’est généralement pas le plus simple…

Des fibres synthétiques à base de CO2

Certains projets peuvent paraître fous, voire utopiques. Et pourtant, le producteur allemand de polymères Covestro s’intéresse depuis des années à la fabrication de plastiques à base de CO2 pour se passer des hydrocarbures.
L’industriel a déjà réussi à mettre au point le Cardyon, une mousse de polyuréthane conçue à partir de CO2. Celle-ci est commercialisée et entre dans la composition de matelas ou de sols sportifs. Dernièrement, en collaborant avec l’université d’Aix-la-Chapelle, également en Allemagne, Covestro est allé encore plus loin en créant une fibre de polyuréthane (TPU) thermoplastique toujours à base de CO2. Cette nouvelle fibre a des propriétés d’élasticité assez exceptionnelles et est surtout quasiment indéchirable. Des entreprises des secteurs textile et médical l’ont déjà testée en tissant des chaussettes et des tubes de compression. Les premiers résultats sont prometteurs, et la prochaine mise sur le marché de cette fibre devrait permettre aux fabricants de vêtements de diminuer de façon significative leur empreinte carbone… Un objectif que tous les industriels européens se sont fixé pour respecter les accords de Paris.

 

Cet article vous a plu ? Vous allez aimer les suivants !