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Ces plastiques qui protègent du feu
Et si le feu avait trouvé dans les matières plastiques l’un de ses pires ennemis ? Une idée surprenante qui va au-delà des préjugés ! Pourtant, certains plastiques nous protègent de cet élément destructeur.
Ces plastiques qui protègent du feu
Ces plastiques qui protègent du feu

Les pompiers, premiers amis des plastiques

Prise de conscience 

Attention, les amateurs de clichés vont être très déçus. Le pompier avec son casque métallique rutilant, son veston de cuir très lourd et son appareil respiratoire isolant essentiellement en métal n’est plus d’actualité. Et ce virage n’est pas nouveau. Il a été pris après que des incendies eurent entraîné la mort de plusieurs sapeurs-pompiers, certains écrasés par des décombres lors d’explosions, d’autres brûlés par des embrasements éclair généralisés (flash-over), d’autres mortellement électrocutés après que leurs appareils respiratoires furent touchés par des câbles métalliques. Pour les intervenants comme pour leurs autorités, ces accidents ont toujours été vécus comme des tragédies qui auraient pu être évitées. Il fut donc décidé de faire évoluer leurs tenues et leurs équipements en se tournant vers ces nouveaux polymères aux caractéristiques particulièrement prometteuses.

Inventer un nouveau casque 

Il est presque un symbole, une icône. Le casque des pompiers fait toujours autant rêver. Toutefois, l’ancien modèle en métal n’était plus adapté aux besoins des sapeurs-pompiers. Il était même jugé inconfortable voire dangereux ! Il enveloppait insuffisamment le crâne des soldats du feu, ne leur couvrant ni la nuque, ni le visage. Son poids et son faible pouvoir protecteur le rendaient pénible à supporter en cas de température élevée, empêchant les pompiers de s'approcher suffisamment du feu. Si seulement 15 % des risques concernent la tête, ils sont souvent mortels. À la fin des années 1970, la brigade de sapeurs-pompiers de Paris (BSPP) lançait alors un appel d’offres auprès des fabricants de casques en vue d’en étudier un nouveau type, destiné aux pompiers urbains. Il aura fallu plus de six années d’études pour mettre au point ce casque d’un genre nouveau et qui allait rapidement devenir un « best-seller » dans le monde entier : le casque F1.

En plastique et toujours aussi beau !

Ce casque, réalisé en matériaux composites hautes performances, assure une protection optimale grâce à ses formes très enveloppantes et à son fort pouvoir isolant. Entre polyamide, polyuréthane, polycarbonate ou autre aramide (polyamide aromatique), on retrouve pas moins de cinq plastiques techniques différents dans un casque F1. Si la calotte est constituée d’une seule pièce moulée, le casque F1 dispose d’accessoires amovibles facilement clipsables sur la partie principale. Une facilité d’utilisation qui n’aurait été possible sans l’utilisation de matériaux plastiques. Ainsi, l'écran de protection facial protège le visage des projections de débris et du flash thermique. Avec le polysulfone, un polymère thermoplastique très rigide et transparent, les visières ont trouvé leur matériau. Et l’appareil respiratoire s’adapte parfaitement au casque par un système de verrouillage rapide rendant l’intervention des soldats du feu encore plus rapide.

Ajoutons qu’il est aussi possible d’y fixer aisément un appareil de communication et un système d’éclairage, et qu’un bavolet peut s’accrocher pour protéger la nuque. La perfection est de ce monde ! Les matériaux utilisés sont évidemment non conducteurs d'électricité et ont subi tous les tests possibles de résistance aux chocs et à l’écrasement. Enfin, l’aspect métallique et réfléchissant le rayonnement de la lumière a été conservé selon les souhaits des pompiers qui voulaient que leur casque reste esthétique et différenciant.

Le casque F2, son petit frère, plus spécialement destiné aux pompiers pour feux d’espaces naturels (forêts, broussailles…), est quant à lui tout aussi technique : adapté pour l’extérieur, il est plus léger, plus confortable et mieux ventilé pour plus d’efficacité dans l’action.

Les tenues adoptent des fibres modernes 

Un casque hi-tech et ultraprotecteur c’est bien, mais c’est loin d’être suffisant pour protéger globalement les sapeurs-pompiers dont le nombre de morts et de blessés sur interventions est toujours trop élevé.
Ici encore, les bureaux d’études des fabricants ont été mis à contribution et ce sont les matières plastiques qui ont apporté la solution : Kermel®, Nomex®, etc. Ces fibres aramides entrent désormais dans la fabrication des tenues des sapeurs-pompiers. Souples, légères, respirantes et bien sûr assurant une excellente protection contre la chaleur et les flammes, ces tenues remportent tous les suffrages et équipent désormais la quasi-totalité des sapeurs-pompiers dans le monde. Les tenues de feu ne sont d’ailleurs pas les seules concernées, puisque c’est aussi ce même type de fibres qui compose les équipements utilisés lors d’opérations sur sites contaminés (nucléaire, chimique, bactériologique…).

 

Pour l’anecdote, précisons que ces textiles modernes ont été utilisés la première fois pour la réalisation des tenues spatiales dans les années 1970. Par exemple, les scaphandres des missions Apollo étaient formés de quatorze couches superposées dont une de Nylon caoutchouté, cinq de Mylar reflétant la chaleur, quatre de Dacron, puis deux de plastique ignifuge Super Kapton.

Et même les équipements

Aujourd’hui, les matières plastiques ont aussi largement fait leur entrée dans le domaine des équipements des soldats du feu. La raison en est très simple : ces nouveaux matériaux résistent aux flammes, à la chaleur, ils ne conduisent pas l’électricité, sont plus légers, voire, dans certains cas, plus faciles à entretenir et plus hygiéniques. Et la liste est longue : poignées, pistolets et manchons des lances à incendie, valves d’extincteurs supportant de fortes pressions (lors de l’expulsion des poudres ou liquides), appareils respiratoires isolants, attelles, lampes torches antidéflagrantes (ne risquant pas de produire d’étincelles et donc d’explosion), et même les fameuses planches OlivierTM (planche de relevage), etc. Plastiques et composites sont donc plus que jamais synonymes de sécurité pour les professionnels du feu comme pour ceux qu’ils sauvent.

 

Quelques chiffres sur le feu à travers le monde

Le feu tue chaque année en moyenne :

• 1,5 personne/million d’habitants à Hong-Kong 2009)
• 6,7 personnes/million d’habitants en France (2008)
• 8,1 personnes/million d’habitants au Royaume-Uni (2006)
• 9,9 personnes/million d’habitants en Irlande (2007)
• 13,2 personnes/million d’habitants aux Etats-Unis (2007)
• 104,4 personnes/million d’habitants en Russie (2008)

Statistique sur l'équipement des foyers en DAAF( Détecteur avertisseur autonome de fumée) au niveau mondial

Norvège : 98%
Etats-Unis : 95%
Canada : 94%
Royaume-Uni : 89%
Pays-Bas : 65%
Belgique : 54%
France : 2%

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