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Quand les plastiques se font anges-gardiens
Soldats, policiers, pompiers… font certainement partie des métiers les plus exposés aux risques. Pour ces professionnels, se protéger est bien souvent une question de vie ou de mort. Et dans ce domaine, la protection maximale passe par l’utilisation de nouveaux matériaux, parmi lesquels les polymères jouent un rôle incontournable.
Quand les plastiques se font anges-gardiens
Quand les plastiques se font anges-gardiens

Un seul objectif pour ces plastiques : sauver des vies

Contrairement aux idées reçues, la guerre du futur ne se fera pas par drones interposés. Loin de là ! Aucune guerre ne peut se gagner sans les militaires de terrain. La question reste donc de savoir comment mieux les protéger. Et c’est là que les polymères entrent en action, notamment en matière d’équipement.

Des treillis protecteurs et communicants

Le combattant moderne dispose d’un écran couleur enrichi d’un GPS et d’une radio personnelle. Sa combinaison est un véritable réseau de câbles et de connecteurs. Il peut ainsi échanger des informations audio, des messages d’alerte, des données, des photographies et de séquences filmées. Les jeux vidéo n’ont rien inventé. Tous ces équipements ont un poids et peuvent rapidement s’avérer encombrants au risque de faire perdre de sa vélocité au combattant. Pour y remédier, rien n’est laissé au hasard. La tenue de combat possède une coupe ample permettant des mouvements aisés. Mais le plus extraordinaire repose sur les fibres synthétiques utilisées dont la masse est bien inférieure au coton et autre laine.

Le tissu, à base d’aramide et de viscose, subit, lors de sa fabrication, un certain nombre de traitements lui assurant une excellente respirabilité ainsi qu’une résistance au feu améliorée. Elle offre même une barrière protectrice contre les insectes nuisibles. Les fibres sont tramées de façon à éviter les accrocs permettant ainsi le passage dans les buissons les plus agressifs. Quant aux fibres de Kevlar, elles viennent renforcer la tenue par endroits pour protéger les parties vitales du corps des éclats de grenade, voire des coups portés par arme blanche.

 

Le casque : une vitrine pour les polymères

A l’instar de celui des pompiers, le casque du militaire est un élément essentiel à sa sécurité. Seule différence, le casque du soldat doit pouvoir résister à des impacts balistiques. Inutile de dire que, depuis bien longtemps, le métal en a été totalement exclu, principalement pour des raisons de poids, de conductibilité de l’électricité, voire de chaleur. Un casque de ce type est réalisé en matériaux composites hautes performances. Pour sa conception, les ingénieurs se sont servis des fibres les plus hi-tech du moment. Sans y paraître, on retrouve différents polymères dans ce casque, tels que le polyamide, le polyuréthane, le polycarbonate ou encore l’aramide.

 

Si la fonction essentielle du casque est la protection du fantassin, cela ne l’empêche pas de se parer d’appendices technologiques à faire pâlir les auteurs de science-fiction. En premier lieu, le fameux masque NBC censé protéger des attaques nucléaires, bactériologiques et chimiques. Dans les faits, il s’agit d’une évolution du bon vieux masque à gaz déjà présent dans les tranchées lors de la Première Guerre mondiale, mais la comparaison s’arrête là. En effet, comme le casque sur lequel il vient se fixer, ce masque est exclusivement constitué de polymères : essentiellement un élastomère pour la partie extérieure et un silicone pour la face interne. Quant aux oculaires, ils sont en polyamide. Gain de poids, étanchéité parfaite, protection optimale… pas seulement, car ce masque permet aussi, grâce à une pipette intégrée, d’absorber de l’eau contenue dans une gourde en élastomère hermétiquement fixée.

Mieux encore, un tube relié à une centrale de ventilation sert à pomper électriquement de l’air au travers des filtres du masque non seulement pour limiter la fatigue du soldat, mais aussi pour en évacuer la buée.

Policiers, pompiers...même combat

Ces caractéristiques, on les retrouve dans le matériel des forces de l’ordre et des soldats du feu. Que ce soit pour lutter contre un incendie ou contrer une manifestation qui dégénère, ces professionnels de notre sécurité ne peuvent être efficaces que s’ils sont eux-mêmes protégés. Véritable barrière de protection, le bouclier anti-émeute est pour les policiers quasiment un emblème. Il protège à peu près de tout et peut résister aux impacts d’objets, de cocktails Molotov et d’armes contondantes. Nombreux sont les matériaux capables du même exploit, mais rares sont ceux qui permettent de voir au travers et dont le rapport solidité-poids est si favorable. Il n’en existe même qu’un seul, un polymère bien connu sous le nom de polycarbonate.

Les plastiques comme les polyamides ou les polypropylènes trouvent aussi un débouché surprenant dans la police. En effet, les traditionnelles menottes en acier laissent peu à peu la place aux menottes en plastique à usage unique. Elles se présentent sous la forme d’un collier de serrage dont il est impossible de se défaire une fois mis autour des bras. Poids plume, faible coût, efficacité maximale… autant d’atouts qui font qu’elles remportent un succès mondial dans de nombreux commissariats.

 

 

Du plastique pour arrêter les balles 

L’apparition des nouvelles fibres, dans les années 1970, allait révolutionner les méthodes de fabrication des gilets pare-balles. Jusqu’alors, ils étaient constitués d’un savant mélange de Nylon, de céramique, d’acier et de fibre de verre. Si leur efficacité était somme toute correcte, leur poids se révélait un véritable handicap gênant considérablement la mobilité. Avec l’apparition du Kevlar, un polymère de la famille des aramides, les choses allaient changer ! Relativement souples et surtout considérablement plus légers (moins de 4 kg), ces gilets offrent une protection contre tous les projectiles, allant jusqu’aux tirs automatiques d’un calibre de 9 mm. Depuis, de nouvelles fibres sont apparues, comme les fibres de polyéthylène (le Spectra par exemple) aux caractéristiques assez semblables.

Dans le milieu des années 1980, on estime alors qu’entre un tiers et la moitié des policiers en patrouille des États-Unis portait le gilet de manière régulière. En 2006, toujours aux États-Unis, plus de 2 000 policiers ont vu leur vie sauvée grâce à leur gilet, prouvant ainsi la pertinence du gilet pare-balles comme pièce d’équipement standard de la police. La recherche se porte actuellement sur l’incorporation de nanotubes de carbone dans les fibres pour augmenter encore leur résistance à l’impact. Si cette technologie est bien maîtrisée, elle reste encore trop onéreuse pour prévoir une production en série.

 

Garantir la sécurité de millions de professionnels 

Quand on pense métiers à risques, les militaires, les pompiers ou encore les policiers sont les premiers qui viennent à l’esprit. Quid des salariés travaillant dans la métallurgie, dans l’industrie chimique ou nucléaire, sur des chantiers… ? Leur profession exige aussi un équipement spécifique. Et là encore les contraintes sont les mêmes que sur un champ de bataille : un bon équipement ne doit pas gêner le travail, il doit être assez léger pour se faire oublier et bien entendu être efficace. Passer au crible les équipements de ces professionnels revient à feuilleter un catalogue de polymères. Ainsi on y trouve du polyéthylène pour les casques, du polycarbonate pour les lunettes, de la mousse de polyuréthane pour les casques auditifs, du polyuréthane pour les semelles de chaussures ou les gants… Ils ont toutes les qualités requises y compris dans les pays où les normes sont les plus draconiennes et en plus ne coûtent pas cher.

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