Paroles d'expert 5 min

Incinérateur de Spittelau : symbiose de la technologie, de l’écologie et de l’art

Rencontre avec le docteur Michael Kotschan, directeur des opérations de l’incinérateur de déchets de la ville de Vienne en Autriche. Si de nombreux polymères se recyclent pour entamer une nouvelle vie, cette opération de recyclage n’est pas toujours possible ni rentable. Dans ce cas, l’incinération et la conversion de la chaleur en énergie sont une solution qui a fait ses preuves.
Incinérateur de Spittelau : symbiose de la technologie, de l’écologie et de l’art
Incinérateur de Spittelau : symbiose de la technologie, de l’écologie et de l’art

Si de nombreux polymères se recyclent pour entamer une nouvelle vie, cette opération de recyclage n’est pas toujours possible ni rentable. Dans ce cas, l’incinération et la conversion de la chaleur en énergie sont une solution qui a fait ses preuves.

Quand a été construit l’incinérateur de spittelau ?

Le site de Spittelau est sorti de terre à la fin des années 1960 et a été inauguré en 1971. Tout se passait bien jusqu’en 1987 quand un incendie a détruit une part importante de l’usine. La question s’était alors posée de détruire ce qui restait du bâtiment et de créer un nouveau site ailleurs. Réflexion faite, il a été décidé de le reconstruire exactement au même endroit. Le choix s’est imposé par lui-même pour deux raisons essentielles. En premier lieu parce que tous les systèmes et tuyauteries de chauffage et de climatisation urbains n’avaient pas été impactés par l’incendie. Le coût lié à l’installation d’une nouvelle infrastructure était par conséquent jugé trop onéreux. La deuxième raison était davantage d’ordre écologique. Spitttelau n’est qu’à quelques encablures du centre de Vienne et les camions qui apportent quotidiennement les déchets n’ont donc que très peu de kilomètres à parcourir.

En outre, plus l’incinération à récupération d’énergie est proche des bénéficiaires de la chaleur qu’elle produit, moins la déperdition d’énergie le long du circuit de distribution est importante.

Dans les années 1960, était-il courant en Autriche de construire de tels incinérateurs de déchets ?

Assurément, tout du moins à Vienne puisque le premier incinérateur de déchets avait été construit en 1963 à Flötzersteig, un quartier de Vienne un peu plus éloigné du centre-ville. Pour la petite histoire, c’était déjà Wien Energie qui en assurait la gestion. Au début des années 1970, un autre incinérateur était mis en fonction à Wels, une ville située à l’ouest du pays. La principale raison d’être de ces incinérateurs est avant tout de produire de l’électricité ou d’alimenter en chauffage urbain certains points de la ville. Ainsi, dans les années 1970, l’incinérateur de Spittelau avait pour vocation première d’assurer le chauffage et la climatisation de l’hôpital général de Vienne.

 

Et aujourd’hui, sa fonction est toujours la même ?

Pas tout à fait car, depuis 1971, l’incinérateur a beaucoup évolué, au même titre que le réseau de chauffage urbain. Tout d’abord, après l’incendie de 1987, et plus encore depuis le milieu des années 2010, où il a connu une importante phase de modernisation. Aujourd’hui, le site incinère environ un tiers des déchets communaux soit à peu près 250 000 tonnes par an. Il produit annuellement 120 MWh d’électricité et fournit 50 000 foyers viennois (trois fois plus qu’avant les travaux des années 2012/2015) et assez d’eau chaude pour chauffer 60 000 foyers viennois pour une puissance thermique de 500 MWh. Chaque jour, ce sont près de 250 véhicules qui livrent la centrale, laquelle, je le rappelle, est située dans une zone assez proche du centre-ville. L’incinérateur injecte également de l’eau froide dans un réseau parallèle en vue de climatiser notamment une université située à proximité.

Après l’incendie de 1987, la reconstruction du site a réservé une surprise de taille. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Cette initiative qui peut paraître un peu folle est due à la volonté de Helmut Zilk, le maire de Vienne à cette époque. Zilk avait l’ambition de faire de cet incinérateur une œuvre d’art. Il s’est alors rapproché de l’artiste viennois mondialement connu, Friedensreich Hundertwasser. Connaissant les convictions écologiques et l’engagement de l’artiste pour le mieux-être de la collectivité, il a fallu lui apporter de solides garanties concernant la protection environnementale : réduction maximum du rejet de vapeurs toxiques, limitation du volume de déchets, efficacité du recyclage, etc., toutes choses qui rentraient dans le cahier des charges. Les techniciens étaient en mesure de répondre à chaque point en garantissant que tout serait fait pour ne pas impacter l’environnement lors du traitement thermique des ordures. Convaincu, l’artiste a fini par accepter de s’impliquer en affirmant qu’il comptait créer « un véritable mémorial pour un monde plus beau sans déchets ».

En habillant l’incinérateur de Vienne, l’artiste militant a prouvé qu’un complexe industriel pouvait s’intégrer harmonieusement et de manière spectaculaire au paysage urbain.

Peut-on affirmer qu’aujourd’hui l’incinérateur est l’un des monuments emblématiques de Vienne ?

Tout à fait ! La façade colorée, la balle d’or sur la cheminée, les terrasses plantées et tous les éléments végétaux font définitivement de l’incinérateur une œuvre architecturale déterminante pour la commune au même titre que la cathédrale Saint-Etienne ou la grande roue de Riesenrad. Il est aujourd’hui inscrit dans les visites touristiques des tour-opérateurs. Les Viennois en sont globalement très fiers, alors qu’ils regardent avec moins de bienveillance l’autre incinérateur municipal de facture plus traditionnelle. Pire, certains le rejettent alors qu’il est situé plus loin du centre-ville et respecte également toutes les normes antipollution.

Dernièrement entre 2012 et 2015, l’incinérateur a connu une nouvelle vague d’importants travaux. Qu’est ce qui a été amélioré et pourquoi ?

Excepté la période de réfection consécutive à l’incendie de 1987, le site a « tourné » de façon continue pendant une quarantaine d’années. Certes, il a été très bien entretenu et n’a jamais connu de problèmes majeurs, mais il commençait à être un peu fatigué et surtout obsolète. Il a donc été décidé de le rendre encore plus performant et plus efficace. Par exemple, les deux chaudières principales ont été changées et modernisées, ce qui a permis de réduire de 5 millions de m3/an la consommation de gaz naturel. Si sa capacité de traitement des déchets reste sensiblement la même, sa puissance de production d’électricité a été triplée. Son efficience a ainsi augmenté de 70 à 76%. Il est également moins polluant grâce à de nouveaux systèmes de dénitrification.

Enfin, tout a été fait pour ne pas dénaturer l’œuvre de Friedensreich Hundertwasser. L’artiste étant décédé en 2000, il n’a pas pu nous accompagner dans cette nouvelle phase, mais tous les agrandissements ont été réalisés en respectant l’esprit du bâtiment initial. Nous avons également choisi de procéder à toutes ces opérations de rénovation sans arrêter l’activité. Ce fut un défi très important, que nous avons réussi à relever en mettant en place une organisation rigoureuse. C’est aussi pour cette raison que les travaux se sont étalés sur plus de 2 ans.

A propos de respect de l’environnement, quels procédés avez-vous choisis pour « nettoyer » les fumées ?

Sans entrer dans des détails trop techniques, il faut savoir que les gaz issus de la combustion passent au travers de différents échangeurs thermiques dans le but de produire de la vapeur qui sera utilisée pour fabriquer de l’électricité ou de la chaleur. Les gaz résiduels sont brûlés et nettoyés par un système à base d’eau et d’ammoniac. Schématiquement, il en résulte une poussière qui est récupérée par un jeu de filtres de dernière génération ultraperformants. Enfin, les gaz de combustion ainsi purifiés sont évacués par la cheminée qui culmine à 126 mètres de hauteur. Grâce à l’amélioration continue des techniques de traitement des fumées, la dépollution des déchets thermiques de l’usine de traitement de Spittelau a atteint un haut niveau de qualité parfaitement en accord avec toutes les lois environnementales.

 

Chaque citoyen peut d’ailleurs à tout moment consulter un tableau électronique qui a été installé à proximité de l’incinérateur pour avoir une image instantanée de la composition des gaz relâchés dans l’atmosphère, il est mis à jour tous les mois. Il est également possible de les voir sur notre site internet (www.wienenergie.at) qui est actualisé toutes les 30 minutes. C’est également une façon de montrer notre savoir-faire.

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