Paroles d'expert 4 min

Sea2see : des déchets marins plastique aux lunettes en plastique recyclé

Rencontre avec François van den Abeele, Fondateur et dirigeant de la société Sea2see Eyewear, fabricant de lunettes en plastique recyclé à partir de déchets marins plastique.
Sea2see : des déchets marins plastique aux lunettes en plastique recyclé
Sea2see : des déchets marins plastique aux lunettes en plastique recyclé

Quelle est l'origine de votre sensibilité «écologique»

Sea2see est née en juillet 2016 mais cela me trottait dans la tête depuis quelques temps. Je suis un amoureux inconditionnel de la mer et j’ai beaucoup travaillé dans le monde maritime. Depuis plusieurs années, je vis en Espagne à Barcelone près du bord de mer où je suis installé avec ma famille. Pour m’informer, j’ai suivi plusieurs projets autour de la problématique des déchets marins en plastique notamment celui de Boyan Slat, ce jeune étudiant néerlandais  en train de développer des bras flottants pour essayer de récupérer les déchets flottants sur les océans. Sachant aussi que l’industrie de la mode est assez polluante, il m’a semblé intéressant d’utiliser des déchets marins comme matière première et de commercialiser un produit pouvant générer un sentiment d’appartenance à une communauté de consommateurs désireux de faire quelque chose pour la planète.

A partir de quel constat est né Sea2See ?

Chaque année, de 6,5 à 8 millions de tonnes de déchets plastique sont déversées dans les océans et finissent en micro-particules ingérées par la faune marine. Parmi les déchets retrouvés en mer : des sacs plastique, du matériel de pêche et des emballages alimentaires. Au total plus de 600 espèces sont concernées par le problème des déchets marins. En fabriquant des lunettes de soleil à partir de matériaux recyclables récupérés dans les océans, Sea2see entend participer modestement à « recycler l’océan ».

 

Quels ont été vos premiers partenaires ?

Tout a commencé avec une compagne de financement participatif qui m’a permis de récolter des premiers fonds (45 000 €) et de me lancer dans cette belle aventure. J’ai ensuite été voir les autorités locales et portuaires pour obtenir l’autorisation de positionner des premiers containers de collecte dans les ports. Je me suis aussi mis en relation avec les potentiels recycleurs. Il a fallu aussi sensibiliser la communauté des pêcheurs afin qu’ils acceptent de récupérer une partie de ces déchets plastique et du matériel de pêche jeté qui représentent près de 15 % de la contamination plastique en mer. Au total plus de 100 containers de collecte ont été répartis dans 22 ports. Nous récoltons déjà 1 tonne de déchets par jour en Espagne

Après une première expérience réalisée avant l’hiver dans les Baléares, nous aimerions aussi participer plus régulièrement à l’organisation de nettoyage de plages en Espagne et aussi en France. Ces actions contribuent à sensibiliser les populations aux problèmes posés par les déchets.

L'importance du tri manuel est-elle fondamentale ? 

Oui c’est pour cela que je me suis associé avec un professionnel du recyclage plastique qui disposait déjà des infrastructures, d’un véritable savoir-faire et de toutes les autorisations pour manipuler tous les types de matières plastiques. Une fois collectés, les déchets sont transportés par camions puis stockés dans un hangar a proximité de Barcelone. Des opérateurs effectuent alors un tri entre les différents types de déchets et procèdent à l’élimination de ceux non-réutilisables.

Comment s'effectue ensuite le processus de transformation ? 

Il n’est pas facile de transformer des déchets marins qui sont souvent très endommagés. Au contact prolongé de l’eau salée, les plastiques perdent en effet beaucoup de leurs propriétés. Il nous a donc fallu effectuer de nombreux tests en laboratoire pour obtenir une matière première cohérente sous forme de billes plastiques (le « pellet »). Il nous est alors possible de fabriquer des montures de lunettes fiables et résistantes correspondant à toutes les exigences de l’industrie optique. Un Laboratoire universitaire se charge pour l’instant de la transformation des déchets sélectionnés en pellet avant le départ pour l’Italie où nos lunettes de soleil et de vue sont fabriquées.

 

Comment présentez votre gamme de lunettes ?

Nos lunettes de soleil et de vue « 100% made in Italie » sont constituées de matières plastiques recyclées issues de déchets plastique marins et sont fabriquées par un procédé de moulage par injection. Nous avons trouvé un partenaire industriel qui a accepté de se lancer dans cette aventure en nous offrant la possibilité de fabriquer de petites séries. En 2018, notre objectif est de vendre 30 000 lunettes. Aujourd’hui, nous sommes  présents exclusivement dans les réseaux d’opticiens en Espagne, en Belgique, en Hollande, en France (surtout dans le grand Sud-Ouest) où les consommateurs sont très réceptifs. Nous espérons ouvrir l’Allemagne, l’Australie, les États-Unis et le Canada cette année ou nous recherchons des partenaires qui partagent nos valeurs.  Environ 10 % de nos ventes se fait en ligne sur notre site Internet.

Quels sont vos atouts marketing ?

6 européens sur 10 portent des lunettes pour corriger un défaut visuel. Si bien que les professionnels du secteur redoublent d’inventivité pour proposer de nouvelles montures aux consommateurs mais sans se préoccuper des logiques de développement durable hormis une marque de française très connue dans la mode qui souhaiterait entamer une collaboration. Entreprise européenne, Sea2see fait le choix de se présenter comme ambassadeur et promoteur de l’économie circulaire avec des produits écologiques, cools, durables et volontairement accessibles (entre 80 et 105 €). L’idée est de sensibiliser les clients pour qu’ils deviennent à leur tour acteurs du changement en achetant et en portant nos lunettes. Les promoteurs d’une alimentation saine disent souvent « vous êtes ce que vous mangez ». Nous, nous disons : «  Vous êtes aussi ce que vous portez » !

Au-delà de l'activité commerciale, Sea2See se donne aussi une mission sociale ?

J’ai grandi en Afrique et beaucoup voyagé dans le monde dans des pays en voie de développement. Un des objectifs de l’entreprise est de s’exporter dans les pays africains à proximité des zones côtières  afin de sensibiliser les habitants/pêcheurs à agir, eux aussi. Nous voulons développer sur-place des centres de collecte en proposant aux pêcheurs des formations et un système de rémunération pour les inciter à collecter et à trier les déchets.

Comment envisagez-vous le futur de votre entreprise ?

Pour la partie sociale, nous voulons multiplier les points de collecte dans différentes parties du monde et avoir un impact plus significatif pour aider les communautés directement pénalisées par les déchets plastique marins. Sur le plan commercial, nous allons chercher évidemment à augmenter nos volumes de vente en renforçant et diversifiant notre réseau de distribution. Pour asseoir notre développement, nous allons investir dans des machines pour prendre en charge nous-mêmes une partie des opérations de recyclage au lieu de les externaliser.

 

Sea2see Eyewear 2018 ©

POUR EN SAVOIR PLUS

www.sea2see.org/

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