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Des plastiques pour l’aquaculture du futur
Etroitement associée au développement de l’aquaculture, l’industrie des matières plastiques est désormais en pointe pour valoriser les déchets et les sous-produits de ces activités...
Des plastiques pour l’aquaculture du futur
Des plastiques pour l’aquaculture du futur

Les plastiques s'expriment avec force à la criée

Design sophistiqué pour coquillages et crustacés

Introduits dès les années 60 dans les métiers de la pêche spécialisé et de la conchyliculture, les matières plastiques ont définitivement supplanté les matériaux traditionnels. Aujourd’hui, même le métal de la structure des casiers est gainé de plastique. 
Pour ces activités pénibles, exercées dans des milieux souvent hostiles, les plastiques offrent nombres d’avantages. Leur légèreté, d’abord facilite les nombreuses manipulations... A quoi s’ajoute une résistance à l’abrasion et à l’oxydation qui assure une durabilité accrue des nasses et des matériels conchylicoles. 

En termes de productivité enfin, l’intérêt des thermoplastiques pour les caseyeurs et les conchyliculteurs tient surtout aux procédés de transformation. Ils permettent, par exemple, de suppléer aux inconvénients de la surface trop lisse des plastiques en moulant des reliefs d’accrochage dans les supports mytilicoles. Couplées avec la conception 3D, les procédés d’injection-moulage permettent désormais de créer des casiers au design de plus en plus sophistiqué. Composés de pièces fabriquées dans des polymères différents, ces pièges sont mieux adaptés aux techniques et aux conditions locales de pêche… Et surtout aux espèces à capturer.

 

Des crustacés moins stressés avec Innopure

Contrairement aux captures de poissons dont la distribution relève de la chaîne du froid, les coquillages et crustacés ainsi que certains produits de la pisciculture doivent parvenir vivants sur les étals. Les viviers du poissonnier ou des restaurants, équipés désormais de vitrages en méthacrylate, ne sont pas que des vitrines décoratives mais plutôt le terminus d’une chaîne logistique très particulière où les plastiques ont un rôle de premier plan : assurer l’étanchéité et l’oxygénation.
Elle requiert d’abord des équipements de stockage embarqués sur les caseyeurs, comme les bacs de stockage étanches en polyester avec système de remplissage en continu et les bacs de débarquement ajourés en polyéthylène haute densité. Une fois à terre, coquillages et crustacés bénéficient ensuite de traitements spécifiques, à l’aide d’équipements permettant d’assurer l’oxygénation à toutes les étapes du circuit de distribution.

L’un des plus innovant, à cet égard, est l’étonnant vivier mis au point par la société EMYG Environnement & Aquaculture. Ce système baptisé Innopure repose sur l’association d’un générateur de micro-bulles filtrant et d’un bac en polyester, clos ou ouvert, de taille variable, utilisable pour le stockage ou le transport. Il reproduit les caractéristiques du milieu marin au plus près de la réalité : flux de l’eau, température, oxygénation et filtration. Il permet aux coquillages et aux crustacés de conserver leur comportement naturel : assimiler l’oxygène de l’eau et se décontaminer dans les meilleures conditions. 

Principal avantage, sa faible consommation d’énergie : 1,5 watt par heure suffit pour actionner le petit rotor électrique fixé sur le cône de plexiglas qui surmonte le générateur en plastique. Adapté aux grands bassins de pisciculture, ce procédé est utilisable également, avec des bacs de taille plus modeste, pour le transport des crustacés en containers, par camions ou, à très longue distance, par bateaux.

 

 

Des plastiques biodégradables contre la pêche «fantôme»

L’impact des engins de pêche « fantôme » en mer est désormais une préoccupation partagée par les acteurs de la protection de l’environnement et par nombre de pêcheurs professionnels. Alors que les uns alertent, à juste titre, quant à la destruction de la biodiversité occasionnée par les filets ou les pièges perdus ou abandonnés, les autres s’efforcent de trouver des solutions. 
Certaines pêcheries, au Canada et en Nouvelle-Zélande, exigent par exemple, l’usage de casiers et de nasses munis d’un opercule, en plastique biodégradable, permettant à moyen terme la fuite des animaux piégés. 
En France, la société bretonne Seabird spécialisé dans le développement et la fabrication de produits en bioplastiques, mise quant à elle, sur son monofilament polyester à biodégradation lente.

Adaptable à différents engins de pêche, filets, casiers, etc. ce polymère permet de les utiliser normalement durant au moins dix ans. Après quoi, il ne se dégrade que dans des conditions particulières d'immersion prolongée, sous l'action des micro-organismes marins. Parfaitement conscients des limites de ce procédé pour juguler rapidement l’impact des engins de pêche « fantômes », la société envisage de perfectionner le concept.  Grâce à un dispositif de radio-identification miniature, par exemple, qui permettrait une récupération plus rapide.

Le plastique sort de sa coquille

La conchyliculture génère des sous-produits en quantité : déchets de nettoyage des parcs, coquillages mort-nés ou victimes de prédateurs. Chaque année, les professionnels de la filière sont confrontés à l'élimination de centaines de milliers de tonnes de déchets d’autant plus indésirables qu’ils nuisent également à l’image de marque touristique des zones littorales. 
Pour traiter ce problème, l’usine de Kervellin, implantée en Bretagne a mis au point différents procédés de valorisation. 
Spécialisé depuis les années 60 dans la fabrication de fertilisants à base d’algues et de coquilles, elle a diversifié ses activités avec le concours du Laboratoire d’Ingénierie des Matériaux de Bretagne (LIMATB) et de plusieurs industriels de la région. Leur programme de recherche a permis d'élaborer une poudre à base de carbonate de calcium, composant principal des coquilles d'animaux marins, utilisable comme matrice de renforcement chimique et mécanique de différents polymères. 

Baptisé Ostrécal, cet ingrédient naturel issu de l’ostréiculture locale est un substitut parfait des charges minérales extraites des carrières et utilisés par les fabricants de peintures. Dès 2007, il s’est imposé dans le marquage routier grâce à son pouvoir à la fois structurant et blanchissant.
Plus récemment, cette poudre a également fait ses preuves sur le marché des matières plastiques. Entrée dans la composition du nouveau filament Istroflex biodégradable pour impression 3D conçu par la société Nanovia, elle confère à ce polymère des propriétés adaptées à la fabrication de pièces nécessitant peu d'élasticité mais une bonne flexibilité telles que les absorbeurs de chocs, de vibrations ou les joints… Des qualités qu’a su exploiter également Decathlon qui commercialise une chaussure de marche de sa marque Solognac dont la semelle est composée d’un thermoplastique chargée d’Ostrécal.

 

Quel avenir pour les carapaces de crustacés ?

La chitine, principal composant de la carapace des insectes et des crustacés, et son dérivé le chitosane sont, après la cellulose, les biopolymères les plus abondants sur terre. Ces polysaccharides sont de plus en plus utilisés dans le monde, du fait de propriétés antimicrobiennes, antioxydantes et de leur biodégradabilité. Utilisés en cosmétique et en pharmacie pour l’enrobage des médicaments, ils ont également trouvé des débouchés dans la fabrication de dispositifs médicaux biocompatibles ou d’une fibre textile semblable à la viscose.
Compte tenu de sa disponibilité, ce polymère a suscité ces dernières années de nombreux espoirs dans la filière des bioplastiques. Ils ont été cependant refroidis par l’impact environnemental de l’extraction de la chitine, concentrée actuellement en Chine et en Inde. Certes, le procédé par dissolution acide puis alcaline, est simple et peu couteux. Mais il ne prend pas en compte les rejets polluants.

Plusieurs alternatives sont à l’étude, en France, autour de l’Ifremer, et en Allemagne, dans le cadre du projet européen ChiBio pour industrialiser l’extraction et le raffinage de la chitine par voie enzymatique, à l’aide de levures. La société allemande Evonik Industries qui traite les huiles obtenues à partir de ce procédé produit déjà, dans son démonstrateur, un polymère transparent transformable selon les méthodes classiques de la plasturgie.

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