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Plastique tu es, plastique tu redeviendras
Après une vie de bons et loyaux services, les plastiques ont-ils un avenir ? Qui dit déchets plastiques pense généralement recyclage des emballages. Pourtant, les plastiques se sont imposés dans d’autres domaines comme le bâtiment et l’automobile où ils absorbent déjà près de 30% de la production toujours croissante de ces matériaux. Que faire des plastiques usagés ? A l’heure de l’économie circulaire, telle est la question.
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Déchets : Problèmes ou ressource

Mes déchets ont de l'avenir

Dans le monde, la production annuelle de plastiques dépasse les 300 millions de tonnes dont 40% pour le seul continent asiatique. En Europe, après une progression de 50%* en dix ans, la production se stabilise. Fantastiques plastiques ? Oui, certainement, si ce n’est que, chaque année, le Vieux Continent produit 25 millions de tonnes de déchets plastiques dont plus de 63% sont des emballages usagés. Idéalement ces déchets devraient être collectés pour être valorisés. Soit en les recyclant – c’est ce que l’on appelle la valorisation matière –, soit en en exploitant le pouvoir calorifique. On parle alors de valorisation énergétique. Les plastiques sont une source d’énergie aussi performante que le pétrole. Leur incinération permet de produire de la chaleur, pour le chauffage urbain par exemple, ou de l’électricité. Hélas, si 26% des plastiques sont recyclés et 36% transformés en énergie, encore près de 40% finissent en décharge. Un vrai gâchis !

Europe : Pas mal, mais peut mieux faire


Pour un industriel, le choix d’utiliser de la matière recyclée se fait en fonction de différents critères bien définis : le prix, la qualité et la disponibilité de la ressource. Or la résine recyclée reste une matière première relativement rare bien que fort demandée par les consommateurs.
Pour faire grimper pour de bon la part des plastiques recyclés dans les produits neufs, il faudrait que, au préalable, la mise en décharge des déchets plastiques ne soit plus l’option de facilité, voire qu’elle ne soit plus une option du tout. L’Europe est plutôt bonne élève. Entre 2006 et 2012, la quantité de plastiques mis en décharge a diminué d’un quart, pour tomber à 9,5 millions de tonnes. Mais il existe de grandes disparités au sein de l’Union, et tous les pays ne font pas les mêmes efforts.

Quand certains sont à la traîne avec des taux de recyclage inférieurs à 12%, les meilleurs recyclent près de 40% de leurs plastiques. Chez ceux-là, la mise en décharge est interdite, et le taux de valorisation globale (matière et énergétique) grimpe jusqu’à 99%. CQFD.

 

Tout savoir sur les emballages plastiques

Pourquoi de nombreux produits sont-ils emballés dans du plastique ?

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Une question de tri

La mise en décharge n’est pas le seul obstacle au développement du recyclage. Collecter et trier les plastiques est une étape aussi cruciale que complexe. Elle dépend du bon geste de tri de chacun et de la persévérance de tous. Si les plastiques sont légers, et c’est l’une des clés de leur succès, le revers de la médaille est qu’il faut rassembler bien plus de bouteilles plastiques pour obtenir 1 tonne de matière à recycler que pour n’importe quel autre matériau ! Autre raison du succès des plastiques ; leurs variétés et les multiples combinaisons de matériaux qu’ils offrent, entre eux ou avec d’autres matériaux, métaux ou verre par exemple. Aujourd’hui, les technologies de tri permettent d’identifier les principaux plastiques et de regrouper les déchets d’une même matière. Les objets ou pièces fabriqués en un seul matériau sont ainsi plus faciles à trier et donc à recycler. C’est le cas emblématique des bouteilles PET.

En revanche, les choses se corsent dès que plusieurs matériaux ont été utilisés pour fabriquer l’objet usagé. C’est le cas pour certains emballages, mais aussi pour nombre de produits ou pièces de nos appareils électriques et électroniques, de nos meubles ou de nos véhicules... Parfois la valorisation énergétique demeure l’option la plus rentable sur un plan écologique autant qu’économique.

Trouver le bon équilibre

La qualité des résines est un autre point déterminant. Pour une matière recyclée, toute la difficulté est de se rapprocher au plus près de la qualité d’une matière vierge. Le marché des matières recyclées est encore trop récent pour avoir atteint sa maturité. Ce dernier point est essentiel ! Heureusement, les technologies de tri évoluent et permettent désormais dans bien des cas d’obtenir en bout de chaîne des résines aux propriétés équivalentes à la matière vierge. Reste enfin un dernier écueil à passer : celui de la pertinence économique. Le coût de la main-d’œuvre, par exemple, pour le démontage d’une automobile, ou encore le coût du transport entre le point de collecte et le lieu de transformation sont autant de paramètres à évaluer au plus juste. L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit pour chaque circuit de recyclage de trouver son équilibre entre avantage écologique et bénéfice économique

Ces objets qui font le buzz

Pour certains industriels et designers, utiliser des plastiques recyclés est même devenu un défi qu’ils prennent plaisir à relever. Chaque année, l’Association européenne des plastiques recyclés (EPRO) organise un concours récompensant l’objet le plus original conçu à partir de plastiques recyclés. Cette année, c’est la société norvégienne Scandinavian Business Seating qui a remporté la mise avec un siège de bureau ergonomique aux formes particulièrement audacieuses. Le polypropylène utilisé pour sa fabrication est issu à 100% du recyclage, tout comme les autres matériaux utilisés. Concevoir un objet original à partir de plastiques recyclés est même devenu un formidable argument marketing. Les industriels ne s’en cachent pas, ils le revendiquent même. Quant aux consommateurs, ils sont généralement assez fiers d’apporter leur contribution à l’édifice, à la fois par leur geste de tri et par leur acte d’achat.

Les exemples fleurissent un peu partout, et certains font verser beaucoup d’encre, comme cette robe de l’italien Filatura di Saluzzo entièrement tissée à partir de fibres de polyester issues de bouteilles PET. La véritable performance a été de mettre au point une fibre aux caractéristiques identiques à celle du polyester vierge.

Les agriculteurs font du rafu

L’agriculture aussi s’intéresse au traitement de ses déchets d’emballages plastiques. En 2012, se créait l’APE, l’Association Plastic Environment, chargée de réfléchir à la mise en place en Europe de filières durables. Parallèlement, le Comité français des plastiques agricoles lançait le projet RAFU (Recyclage, agriculture, films usagés) pour améliorer la collecte et le recyclage des films à base de polyéthylène ou de polypropylène souillés. En 2011, seule la moitié des toiles de paillage, d’enrubannage et d’autres films pour serres vendues chaque année en France était valorisée. Triste constat… face auquel l’ensemble des acteurs concernés – agriculteurs, fabricants de plastique agricole et spécialistes du recyclage – a pris l’initiative de monter sa propre filière de recyclage.

Les professionnels du secteur se sont donné quatre ans pour mettre au point de nouvelles techniques afin de limiter le poids des souillures dans les plastiques collectés et ainsi diminuer le coût de leur valorisation. Tous les films agricoles usagés sont recyclés ; le plus souvent pour fabriquer d’autres films plastiques. Ils peuvent aussi être utilisés pour la fabrication de sacs poubelle ou encore de bâches de couverture. Cette démarche volontaire porte ses fruits, puisque, à mi-parcours, la collecte a atteint en 2014 49 600 tonnes. Soit une hausse de 10% par rapport à 2013 couvrant près des 3/4 des plastiques agricoles, dont 98% seront recyclés. Les premiers bilans seront tirés d’ici un an, et tous les indicateurs permettent de penser que cette initiative devrait essaimer dans toute l’Europe.

 

 

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