Paroles d'expert 3 min

« Le Polar Dome a dépassé le cadre du seul habitat d’urgence »

Rencontre avec Don Kubley, président et fondateur de InterShelter, une entreprise américaine à l’origine d’un concept d’habitat pour sans-abri particulièrement novateur.
« Le Polar Dome a dépassé le cadre du seul habitat d’urgence »
« Le Polar Dome a dépassé le cadre du seul habitat d’urgence »

Vous êtes l’inventeur du Polar Dome, qui se destine aux sans-abri. Or, dans ce domaine, il existe déjà de nombreuses solutions. En quoi votre « maison » est-elle différente des autres ?

Pour de nombreuses raisons ! En fait notre concept est presque une synthèse de ce qui se fait de mieux ici et là. Je m’explique : le Polar Dome est léger et aussi simple à monter qu’un abri en toile, il est plus résistant qu’un abri en bois ou en tôle et a une très faible empreinte carbone. De plus, il se situe dans une fourchette de prix très raisonnable. Je crois que nous sommes parvenus à combler le manque qui existait entre les structures ultralégères en toile et les cabanes en bois ou en métal. Enfin, nous respectons toutes les normes américaines de construction et nous sommes certains que nos abris ont une durée de vie de plusieurs décennies. Cela peut paraître paradoxal pour de l’abri d’urgence, mais qui peut le plus peut le moins, comme on dit. Pour nous c’est important car le Polar Dome n’est pas destiné aux seuls sans-abri.

 

Léger comme la toile, plus résistant que le bois, conforme aux normes modernes… En quels matériaux est conçu le Polar Dome ?

Pour cocher toutes les cases du cahier des charges, nous nous sommes tournés vers les polymères, des matériaux légers, simples d’entretien, résistants, bon marché… Ainsi, l’enveloppe est un composite de résine polymère et de fibres de verre. C’est ce même matériau qui est utilisé pour les coques de bateaux qui doivent faire face aux coups de boutoirs des vagues. Ce composite peut être très lourd selon son épaisseur, c’est pour cette raison que nous l’avons réduite à son minimum. Les parois du dôme ont à peine 4 mm d’épaisseur. Sa solidité n’est plus à prouver et il s’entretient très facilement.

 

 

Le sol est en acrylonitrile butadiène styrène (ABS), un polymère également très résistant qui sert à fabriquer des casques de moto ou des phares de voiture.

Bien entendu les dômes sont isolés. Pour cela, nous avons choisi le polystyrène expansé, un matériau très classique et très efficace dans le domaine de l’isolation thermique.

Pourquoi avoir choisi une forme de dôme ?

Parce que c’est la forme idéale pour résister au vent. Je rappelle que les dômes étaient destinés au départ à l’habitat d’urgence. Certaines zones géographiques étant régulièrement confrontées aux cyclones, nous ne voulions pas que les sinistrés d’un cyclone voient leur habitat provisoire détruit par un second. La forme ronde permet de résister à des vents de plus de 300 km/h car elle n’offre quasiment aucune prise. Les dômes peuvent également être installés sans problème dans des régions froides car la neige ne s’accumulera pas sur la toiture et ne risquera donc pas de les écraser. Pour finir, c’est une forme qui permet un bon placage au sol, rendant le dôme relativement insensible aux tremblements de terre. Cet effet est encore amplifié par la nature élastique des polymères qui garantit assez de souplesse pour ne pas se briser ou s’effondrer.

 

 La combinaison dôme + polymères s’avère la formule gagnante. Les différents plastiques utilisés sont très facilement moulables et peuvent ainsi prendre toutes les formes. Si le bois avait été le matériau idéal, mettre en œuvre un tel dôme aurait été beaucoup plus compliqué.

A ce propos, comment se déroule le montage ?

Trois heures sont suffisantes à trois personnes non spécifiquement qualifiées pour le montage. Le Polar Dome est livré sous la forme d’un ensemble de plaques qu’il suffit de fixer entre elles. C’est d’une simplicité enfantine ! Quant au démontage, il ne prend que quelques minutes. Les plaques se stockent très facilement à plat et la nature des polymères permet de ne pas trop se préoccuper de l’entretien.

Hormis les sans-abri, qui l’utilise désormais ?

Beaucoup de gens ! Mais j’aimerais préalablement rappeler pourquoi j’ai eu l’idée de lancer cette entreprise en 1992. A cette époque, aux Etats-Unis, il y avait beaucoup d’anciens combattants sans domicile fixe. Cela m’était intolérable, et je me disais qu’il fallait vraiment faire quelque chose pour ces gars-là, notamment à Los Angeles où leur communauté était conséquente. Je me suis donc penché sur la question des abris pour réfugiés, mais je pensais que l’on pouvait améliorer le concept car ce que l’on trouvait sur le marché ne me semblait pas satisfaisant.

Je voulais créer un nouveau type d’habitat bon marché, robuste et susceptible d’être rapidement installé dans toutes les parties du monde. Le Polar Dome est donc le fruit d’une intense réflexion qui, comme je l’ai déjà expliqué, s’est portée tant sur la forme que sur le choix des matériaux ou sur la technique de montage.

Nous cherchions la quintessence, et je crois qu’aujourd’hui nous n’en sommes pas très loin !

 

Pour revenir à la question, je dirais qu’en trente ans, nous avons dépassé tous nos objectifs, puisque nos dômes servent certes aux sans-abri mais également à des associations caritatives comme Médecins sans Frontières, qui les transforment en hôpital de campagne, notamment en Afrique. Pour cela, nous avons dû mettre au point un système qui permet de les assembler entre eux. Nous en avons également offert à l’armée américaine qui les utilise comme logements provisoires lors d’opérations extérieures, et sont par ailleurs installés en Arctique comme stations de recherche. On en trouve également dans certains terrains de camping… Comme quoi, même si nous ne leur avions pas prévu tant de débouchés, nous ne nous sommes pas trompés sur leur conception.

 

 

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